À Bourges, six logements au fioul sur dix sont des passoires

En bref
À Bourges, 60,3 % des logements chauffés au fioul sont classés F ou G, contre 7,4 % de ceux au gaz et 3,0 % de ceux raccordés au réseau de chaleur. L'énergie de chauffage est le facteur qui écarte le plus les étiquettes sur les 24 236 diagnostics de la commune.
Le chiffre qui devrait alerter 214 propriétaires
Sur les 24 236 diagnostics réalisés à Bourges, 214 portent sur des logements chauffés au fioul domestique. Ils ne représentent donc pas grand-chose du parc, moins de 1 %.
Mais leur profil est sans équivalent : 60,3 % d'entre eux sont classés F ou G. Six logements au fioul sur dix sont des passoires thermiques, quand la moyenne communale s'établit à 6,8 %. Aucun n'atteint les classes A ou B.
Pourquoi le fioul décroche à ce point
Le DPE croise deux jauges : la consommation d'énergie primaire et les émissions de gaz à effet de serre. La classe retenue est la plus mauvaise des deux, et c'est là que le fioul se fait piéger.
Son contenu carbone est le plus élevé de toutes les énergies de chauffage courantes. Même dans un logement correctement isolé, la jauge climat suffit à faire plonger l'étiquette. Ce n'est pas un problème d'entretien de la chaudière ni de qualité du bâti : c'est le combustible lui-même qui plafonne le résultat.
Le gaz : un plafond invisible à 0,3 %
Le gaz naturel domine le parc berruyer avec 13 358 logements, soit 55 % des diagnostics. Son taux de passoires reste modéré, 7,4 %.
Mais regardez l'autre bout de l'échelle : seulement 0,3 % des logements au gaz atteignent les classes A ou B. Trente-huit logements sur treize mille. Là encore, c'est la jauge carbone qui bloque. Un propriétaire au gaz peut isoler remarquablement bien, il touchera un plafond qu'aucun travaux d'enveloppe ne franchira. Comprendre les classes du DPE permet de savoir où se situe ce plafond.
L'électricité, dans une position intermédiaire
Les 6 623 logements chauffés à l'électricité affichent 6,1 % de passoires et 9,9 % de classes A ou B. Un profil nettement plus ouvert que le gaz vers le haut de l'échelle.
Cette position s'est améliorée récemment : depuis le 1er janvier 2026, le coefficient de conversion de l'électricité en énergie primaire est passé de 2,3 à 1,9, en application de l'arrêté du 13 août 2025. Un diagnostic établi avant cette date sur un logement électrique applique l'ancienne règle et sous-estime le bien.
Le réseau de chaleur, grand gagnant local
C'est le résultat le plus net du tableau berruyer. Les 3 882 logements raccordés au réseau de chauffage urbain, soit 16 % du parc, affichent 3,0 % de passoires seulement et 18,6 % de classes A ou B.
À comparer aux 0,3 % de A-B du gaz : le rapport est de un à soixante. Un réseau de chaleur alimenté en partie par des sources renouvelables et de récupération présente un contenu carbone bien plus faible, et la jauge climat cesse d'être le facteur limitant. Pour un immeuble berruyer situé sur le tracé, c'est le levier le plus efficace qui existe.
Ce que ça change dans l'ordre des travaux
La conclusion pratique bouscule l'intuition habituelle. Sur un logement au fioul, changer d'énergie rapporte davantage que d'isoler, et de très loin.
Cela ne veut pas dire qu'il faut négliger l'enveloppe : un système performant sur un bâtiment qui fuit reste un gaspillage, et les charges de l'occupant en dépendent directement. Mais dans l'ordre des priorités, la sortie du fioul passe devant. Un audit énergétique chiffre les deux scénarios sur le bâti réel plutôt que sur une règle générale.
Où se trouvent les logements concernés
Le fioul se concentre logiquement là où le réseau de gaz et le chauffage urbain n'arrivent pas : maisons individuelles, secteurs périphériques, bâti ancien isolé.
Ce recoupement se voit dans les autres chiffres : les maisons berruyères affichent 12,5 % de passoires contre 5,1 % pour les appartements, et le bâti antérieur à 1948 monte à 12,7 %. Un propriétaire qui cumule les trois caractéristiques, maison ancienne chauffée au fioul, se situe statistiquement dans la zone la plus exposée du parc.
Ce que ça implique à la vente
Un logement classé F ou G impose un audit énergétique à la vente pour une maison individuelle, et le calendrier d'interdiction de location progresse par classes.
Pour un vendeur au fioul, l'enjeu n'est donc pas cosmétique. Deux options : engager le changement d'énergie avant la mise en vente, ou vendre en l'état avec un devis chiffré à l'appui. La seconde est souvent plus réaliste, à condition de ne pas laisser l'acquéreur imaginer le montant tout seul.
La vérification qui ne coûte rien
Ouvrez votre diagnostic et regardez deux lignes : l'énergie de chauffage, et la date d'établissement.
Si c'est l'électricité et que la date précède le 1er janvier 2026, refaites-le : le changement de coefficient joue en votre faveur. Si c'est le fioul, le diagnostic reflète déjà la réalité et le sujet est ailleurs. Si c'est le réseau de chaleur, demandez son contenu énergétique en vigueur, il a pu s'améliorer depuis. Le reste suit le dossier de vente, avec l'état des risques à vérifier par adresse.
Questions fréquentes
Le fioul condamne-t-il vraiment mon étiquette ?
À Bourges, 60,3 % des logements au fioul sont classés F ou G et aucun n'atteint A ou B. Son contenu carbone très élevé fait plonger la jauge des émissions, et c'est la plus mauvaise des deux jauges qui détermine la classe.
Pourquoi le gaz plafonne-t-il si bas ?
Seulement 0,3 % des logements berruyers au gaz atteignent les classes A ou B. La jauge carbone bloque le résultat : on peut isoler remarquablement bien et toucher un plafond qu'aucun travaux d'enveloppe ne franchit.
Quelle énergie donne les meilleures étiquettes à Bourges ?
Le réseau de chauffage urbain, de loin : 3,0 % de passoires et 18,6 % de classes A ou B sur 3 882 logements raccordés, contre 0,3 % de A-B pour le gaz. Un rapport de un à soixante sur le haut de l'échelle.
Faut-il changer d'énergie avant d'isoler ?
Sur un logement au fioul, oui, le gain est bien supérieur. L'enveloppe reste indispensable pour les charges réelles de l'occupant, mais dans l'ordre des priorités la sortie du fioul passe devant.
Sources officielles
- Service-Public.fr : Diagnostic de performance énergétique (DPE) · Obligations, validité et contenu du DPE.
- ADEME : Observatoire des DPE et audits · Statistiques publiques des DPE réalisés en France.
- Géorisques (ministère de la Transition écologique) · État des risques par adresse (inondation, argiles, termites, radon).
- Annuaire officiel des diagnostiqueurs certifiés · Vérifier la certification d'un diagnostiqueur.